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Albi Triathlon | Dans les coulisses de la première étape des Lindahls Pro+ Triathlon Series

Cette année, l’Occitanie a eu la chance d’accueillir la première étape des Lindahls Pro+ Triathlon Series. C’est le club Albi Triathlon qui a eu l’honneur d’organiser cette première manche, offrant au public une épreuve spectaculaire en plein cœur d’Albi, salué autant par les athlètes que par le public venu nombreux. Une organisation impeccable, portée par l’engagement des bénévoles et des membres du club, qui a marqué les esprits. Nous avons donc souhaité revenir sur cette aventure et donner la parole aux organisateurs pour comprendre comment ils en sont arrivés à accueillir un tel événement.

Présentation du club et son histoire :

Le club a été créé en novembre 1986 sous le nom Les Triathlètes Albigeois. À ses débuts, il comptait une trentaine de licenciés et une section sportive au lycée Bellevue à Albi. Pendant longtemps, le club est resté relativement confidentiel, avec un nombre d’adhérents oscillant entre 60 et 70, sans réelle volonté de croître. La pratique était alors principalement orientée vers la compétition, sans ouverture aux jeunes ni aux seniors.

En 2016, la création de l’école de triathlon a marqué un véritable tournant. Les effectifs n’ont cessé de croître pour atteindre 280 licenciés en 2025.

Côté organisation d’épreuves, le club a lancé dans les années 1990 le Triathlon d’Albi, disputé sur le plan d’eau d’Aiguelèze (bras de la rivière Tarn). Après une mise en sommeil, il est revenu avec des duathlons (2008-2011), puis deux triathlons à Cap Découverte (2012-2013), dont celui de 2012 qui servait de support aux Championnats de France Police Nationale. Une nouvelle pause a suivi jusqu’en 2019, année de la création de l’UTA Urban Triathlon Albi. Depuis, le club a accueilli des labels régionaux, des demi-finales France jeunes, des demi-finales D3, et en 2025 une manche de D1-D2.
Cette montée en puissance progressive a permis de roder un comité d’organisation fort de 50 personnes.

Aujourd’hui, le club d’ Albi Triathlon c’est :

  • 280 licenciés
  • Une école de triathlon 3 étoiles, l’une des plus importantes de la Ligue Occitanie
  • Une section « sport santé et adapté »
  • 2 salariés
  • Un comité directeur de 13 membres
  • Une belle notoriété sur la ville et dans tout le département

Comment est venue l’idée ou l’opportunité d’accueillir cette grande compétition ?

« L’idée « un peu folle » est née dès l’organisation du premier UTA en 2019, portée par Vincent et David. Folle, car organiser un triathlon d’ampleur nationale en plein centre-ville est un véritable défi : technique, sécuritaire, et surtout administratif, puisque la ville d’Albi est classée au patrimoine mondial de l’UNESCO. Grâce à leur persévérance, à un comité d’organisation composé essentiellement de bénévoles très professionnels et aguerris, et au soutien fort de la Ville d’Albi (déjà habituée à accueillir de grands événements sportifs), ce défi a pu être relevé. Albi a en effet une longue tradition d’accueil : Tour de France, championnats de France d’athlétisme, Grands Prix automobiles, bientôt de grandes compétitions de natation… Le Grand Prix de triathlon s’est donc naturellement intégré dans le programme festif de la ville. »

Quelles démarches ont été nécessaires pour obtenir l’organisation ?

  • Autorisation de la Ville d’Albi
  • Dépôt du dossier de candidature auprès de la FFTRI
  • Visite et validation des parcours par la FFTRI
  • Autorisation officielle de la fédération
  • Dossier complet en préfecture
  • Demande d’arrêtés : circulation, stationnement, déviations, circulation fluviale, autorisation de baignade, centrales hydroélectriques, DDT (faune/flore, site naturel protégé), etc.
  • Réunions de sécurité avec : Mairie, Police nationale et municipale, Préfecture, DDT, DIRSO, Conseil départemental…
  • Organisation des secours : PC sécurité, Protection Civile, SNSM
  • Prise en compte des activités annexes impactées : offices religieux (cathédrale), petit train touristique, gabarre, parkings souterrains, marché du samedi matin, commerces, terrasses…

« Enfin, après validation préfectorale et obtention de l’arrêté, il a fallu mobiliser plus de 600 bénévoles, les motiver et donner du sens à cet engagement. Le triathlon est une discipline qui demande énormément de moyens : financiers, techniques, matériels et humains. En intramuros, ces contraintes sont démultipliées. »

Qu’est-ce qui a convaincu la fédération de choisir votre club et votre ville ?

« Pour le club : son expérience organisationnelle solide. La fédération et la Ligue Occitanie cherchaient un site atypique, sortant des schémas habituels (courses en bord de mer, parcours cyclistes peu spectaculaires). Notre épreuve propose une nage en rivière, une transition longue et technique, un parcours vélo exigeant et une course à pied dans la vieille ville, qui met en valeur des qualités athlétiques différentes.

Pour la ville : son attractivité patrimoniale et son expérience en matière d’accueil d’événements nationaux et internationaux.
La capacité d’accueil et l’engagement de l’ensemble du conseil municipal ont largement favorisé notre candidature. »

Combien de temps avant l’événement avez-vous commencé la préparation ?

« Un an et demi de préparation, avec un comité d’organisation de 50 personnes dont 15 chefs de pôle. »

Quelles ont été les principales difficultés rencontrées ?

« Il faut une grande capacité d’anticipation pour résoudre progressivement les problèmes. Pas de difficulté majeure, mais beaucoup de rigueur et de conscienciosité sont nécessaires. Le plus grand défi reste le budget : il faut maîtriser les dépenses pour équilibrer les comptes et, si possible, dégager un léger excédent pour renforcer les ressources futures du club. »

Combien de bénévoles et de partenaires ont été mobilisés ?

  • 300 bénévoles/jour
  • +100 personnes (secours, fédération, motards, …)
  • soit 400 personnes à gérer chaque jour (sécurité, repas, logistique…).

« Nous avons la chance de compter parmi nos bénévoles de nombreux professionnels (pompiers, policiers, gendarmes, voirie, DDE…), ce qui nous fait gagner un temps précieux grâce à leurs compétences.

Partenaires : une petite dizaine. La principale difficulté réside dans le fait que les compétitions nationales arrivent généralement avec leurs propres sponsors, ce qui laisse peu de place aux entreprises locales. »

Y a-t-il eu des innovations ou particularités dans l’organisation ?

« Oui, plusieurs défis spécifiques :

  • Repenser les tracés vélo et course à pied
  • Rendre les parcours hermétiques (600 cônes, 1600 barrières, 500 m de barrières Heras…)
  • Mettre en place un ponton de départ au pied du Pont Vieux
  • Aménager le Tarn pour la natation : gestion des courants, niveau et qualité de l’eau, accès départ/arrivée
  • Sécuriser un centre-ville historique complexe, avec de nombreuses intersections
  • Intégrer les contraintes de la vieille ville pour l’arrivée, le village partenaires et la remise des prix

Notre parcours est unique, atypique et spectaculaire, mais il demande un investissement humain et matériel colossal. »

Quel a été le plus gros défi et votre plus grande fierté le jour J ?

« Durant les quinze jours précédant l’événement, le comité d’organisation s’est mobilisé chaque jour, consacrant entre 8 et 16 heures de travail quotidien afin de préparer deux jours intenses de compétition.  Notre plus grande fierté a été la réussite de l’épreuve sans gros incident, et la satisfaction unanime des participants, bénévoles, riverains et élus. Beaucoup ont salué notre capacité à monter et démonter rapidement les infrastructures, tout en préservant autant que possible la vie de la ville. Enfin beaucoup de bénévoles non triathlètes et de badauds ont adoré le spectacle.

Qu’est-ce que cet événement a apporté à votre club et à votre ville ?

  • Pour le club : une forte visibilité
  • Pour la discipline : la découverte d’une épreuve nationale en centre-ville
  • Pour la ville : un rayonnement national supplémentaire

Avez-vous gagné en visibilité ou en nouveaux adhérents ?

« Oui, cette épreuve a mis un vrai coup de projecteur sur notre club. Ce n’était pas l’objectif initial, mais la qualité de l’organisation ouvre de nouvelles perspectives et défis. »

Avez-vous développé de nouveaux partenariats ?

« Pas encore, mais le travail est en cours. »

Souhaitez-vous accueillir de nouveau une compétition nationale ?

« Oui, dès 2026 ! »

Si vous deviez donner un conseil à un autre club ?

« Commencez par organiser une épreuve locale solide, qui pourra ensuite servir de base à un événement national. Constituez un comité d’organisation fort, avec des compétences techniques, sportives et humaines. N’attendez rien en retour, si ce n’est la satisfaction de faire vivre le sport et d’apporter un rayonnement à votre ville. »