Christophe Borriglione | Un Arbitre Passionné aux Jeux Olympiques de Paris 2024
Cet été, la Ligue Occitanie de Triathlon a eu la fierté d’être représentée aux Jeux Olympiques de Paris 2024 par des acteurs passionnés, dont Christophe Borriglione, arbitre de triathlon, qui a officié sur l’événement. Son parcours exceptionnel, marqué par des années de dévouement au sport, l’a conduit à vivre cette expérience unique. Aujourd’hui, il revient sur ce moment fort, partageant ses impressions et ses défis en tant qu’arbitre lors de cette compétition internationale.
- Pouvez-vous vous présentez ?
» Je m’appelle Christophe BORRIGLIONE, j’aurai bientôt 57ans, je suis licencié au TRI ALBI depuis 1990 et j’ai toujours fais du sport. J’ai commencé par le Foot dès l’âge de 6 ans et joué à haut niveau en catégorie Jeunes. Plusieurs blessures m’ont empéché d’évoluer dans ce sport que j’ai arrété à l’age de 20 ans.
En 1989, je suis tombé par hasard sur la retransmission en Direct sur C+, du 1er Championnat du Monde de TRI en AVIGNON. De voir cet athlète incroyable MARK ALLEN, qui restera à jamais à mes yeux le plus grand de tous les temps, le 1er à avoir réalisé cet exploit exceptionnel, de devenir la même année Champion du Monde Distance M et IM, a été pour moi une source d’inspiration et de motivation pour me lancer dans ce sport, que j’ai pratiqué assez intensivement, malgré mon modeste niveau de 1989 à 1997. En 1998, j’ai décidé de devenir arbitre de Triathlon, partant de ce principe que même si nous, Athlètes et Arbitres, n’avons pas le même maillot, nous avons tous la même passion… »
- Pouvez-vous nous raconter comment vous avez été sélectionné en tant qu’arbitre pour les Jeux Olympiques, et ce que cela a représenté pour vous ?
» En 1997, lorsque la candidature de PARIS 2024 a été officiellement retenue, je savais que des quotas allaient être réservés pour les arbitres Français, comme cela avait été le cas lors des Jeux précédents. Nous avions un cursus de sélection, qui passait obligatoirement par des arbitrages sur des grandes épreuves tels que WTCS…et bien entendu également, la participation à des formations organisées par World TRIATHLON, et surtout l’obtention des niveaux de certification, 1 d’abord, puis le LEVEL 2. Celui là étant obligatoire pour pouvoir officier aux JO. J’ai fais cette formation LEVEL 2 à Belgrade en Serbie en Octobre 2022, et ensuite validé ce Niveau à l’issue d’un travail de synthèse et en anglais, qui m’a pris une trentaine d’heures sur tout le mois suivant la formation…
En 2023, j’ai eu l’opportunité d’officier sur le TEST EVENT, et j’ai eu le sentiment que tout c’était bien passé en général, et pour moi également. J’ai reçu en Octobre 2023, un courriel de « PARIS 2024″ pour m’annoncer que j’étais sélectionné comme officiel pour les TRIATHLON OLYMPIQUES. Ce fut pour moi passionné de TRI et de sport en général, un moment exceptionnel, une émotion intense, que forçément j’ai eu de suite envie de partager avec ma famille et mes proches… »
- Quel poste occupiez vous durant les Jeux Olympiques/ Paralympiques ?
« J’étais donc Officiel sur les JO, et en responsabilité sur la partie Course à Pied.
Cela consiste entre autre, à la re-mesure exacte du parcours, 150m ont dû être rajouté sur l’individuel par exemple, la reconnaissance du parcours avant et le jour de l’épreuve dans les moindres détails, et bien sûr l’arbitrage à proprement dit, le jour des courses. »
- Comment vous êtes-vous préparé pour arbitrer un événement d’une telle envergure ?
« Déja j’ai fais pas mal de séances de sport avant cette échéance, pour me « sentir » bien physiquement.
Nous avions plusieurs réunions téléphonées en préparation, nous connaissions très bien les dossiers, de plus nous avions déja officié l’année précédente lors du TEST EVENT, et donc mis en évidence quelques petits points faibles afin d’être bien prêts pour les Jeux. Je dis « nous » car l’arbitrage est toujours, et quelque soit le niveau de compétition, un travail d’équipe,où chacun doit effectuer sa mission du mieux qu’il peut. Dans le domaine de l’arbitrage on jugera toujours la prestation globale de l’équipe…. «
- Quels sont les plus grands défis auxquels vous avez été confronté en arbitrant aux JOP par rapport à d’autres compétitions ?
« Forcément, un évènement aussi important médiatiquement, dans un sport assez peu médiatisé, les JO sont un enjeu pour le sport lui m^me considérable. Les erreurs liées à un manque de préparation étaient « interdites ». On avaient tous en tête les images du départ de la course Hommes à Tokyo, par exemple, il était donc indispensable que le corps des officiels rendent une copie la meilleure possible.
De plus, comme tout le monde le sait, il y avait cette incertitude lié à la qualité de l’eau de la seine, qui mettait à tout le monde une pression supplémentaire, les médias nous attendaient la veille des épreuves à la sortie du site pour essayer d’obtenir des infos supplémentaires, et moi en tant que passionné de TRI, je ne pouvais pas me faire à l’idée que le Triathlon pourrait être transformé en Duathlon, ce n’est pas du tout le m^me sport, mais pourtant je peux vous le confirmer lors de nos différentes réunions de préparation le format Duathlon était bien « prêt » au cas où… »
- Quel impact cette expérience a-t-elle eu sur votre carrière d’arbitre et votre perspective sur le sport ?
« En ce qui me concerne, les JO étaient mon objectif de carrière en tant qu’arbitre. J’ai vécu cette période olympique intensément, chaque moment de la préparation précédant les épreuves, jusqu’à la fin des épreuves. Chaque moment durant les courses était extraordinaire, j’étais au plus proche des athlètes pendant la partie course à pied. J’ai pleinement profité de cette ambiance exceptionnelle et tellement rare en TRI, où chaque spectateur encourageait avec ferveur tous les athlètes, et bien sûr surtout les athlètes FRA, j’en avais des frissons. »
- Quelles compétences spécifiques sont nécessaires pour arbitrer à un niveau aussi élevé ?
« Quel que soit le niveau où on arbitre, la base de cette mission est l’impartialité. Cela voulait donc dire pour les JO, que le jour des courses, on ne devait plus faire de différence entre les différents athlètes quelque soit la couleur de leur Tri-Fonction. Cela demande une certaine force de caractère, de se dire que dans un sport où on arbitre des athlètes de sa propre nation, des athlètes que l’on peut m^me admirer, voir suivre via les réseaux sociaux, et bien le jour des courses on doit voir que le Numéro de l’athlète et sanctionner si il doit l’être. En arbitrage, si l’on ne sanctionne pas un athlète qui doit l’être, cela équivaut à l’avantager, et donc ce sera au détriment des athlètes respectant parfaitement le règle…..
Toutefois, je dois préciser que j’étais extrèmement heureux bien sur, de voir des athlètes FRA sur les deux podiums individuels… »
- Quels conseils donneriez-vous à des arbitres qui aspirent à officier aux Jeux Olympiques ?
« Tout d’abord, je dirais qu’il faut avant tout être passionné mais surtout patient. Comme on dit « d’attendre son heure ». Il faut mener sa carrière dans la progressivité, gravir les échelons au niveau régional, national puis international…Mais toujours avec ce couple moteur que sont la passion et le plaisir. Le plaisir par exemple, de se lever le matin pour aller arbitrer, et aux JO quand la course est à 8h du matin, et que les arbitres arrivent sur site 3h avant les courses, faut se lever à 4h, m^me si la veille on est allé voir d’autres compétitions ou au Club France… »
- Y a-t-il des moments mémorables ou des anecdotes que vous aimeriez partager concernant votre expérience aux JO ?
« Je suis resté 11j sur place lors des JO, j’ai surement vécu le meilleur moment de ma « vie sportive ». Comme je l’ai dis précédemment l’ambiance sur les sites de compétion était extraordinaire, j’ai vu des gens qui avaient l’air « heureux » qui profitaient pleinement ce cet évènement hors norme. Lorsque nous arrivions sur le site de compétition à 5h du matin, il y’avait beaucoup de personnels de sécurité, ils avaient tous le sourire, les spectateurs déja présents également. L’ambiance au Club France était extraordinaire, on avait l’impression que les gens avaient envie de partager un moment unique ensemble….Je crois que le terme « ensemble » résume le mieux ce que j’ai vécu, que ce soit pour l’arbitrage, ou les rencontres sportives que j’ai faites…
Par exemple, j’étais invité lors de la soirée de natation à la défence Aréna lors de la soirée où Leon MARCHAND a gagné le 200m PAP et 200m Brasse et j’étais assis à coté de l’ancien capitaine de l’équipe de l’équipe de France de Water Polo des JO de 2016, on a passé un moment incroyable… »
- Avez vous quelque chose à ajouter?
« C’est toujours la passion qui m’a poussé et qui me pousse encore, après bientôt 30 ans de carrière. J’ai vu évoluer ce sport, avec aujourd’hui des athlètes de plus en plus fort, et de plus en plus complet, sans points faibles, ce qui implique dans le Haut niveau des courses « bloquées » où à mon grand regret, la Course à pied est trop décisive.
J’ai vu des règles évoluer avec entre autre, l’autorisation de l’Aspiration Abri en vélo, la mise en place des Pénalty Box… Toutes ces évolutions réglementaires ont fait progresser ce sport, et maintenant je me dis que le TRI arrive peut-être après ces JO à un tournant, a peut-etre besoin d’évoluer, dans ses formats courts. Peut-être à l’image de ce qui a été fait par le passé dans d’autres disciplines tels que le Biathlon, Ski de Fond ou Pentathlon moderne….Ne devons-nous pas aussi regarder ce que propose le SUPERTRI par exemple ? »
La Ligue Occitanie tient à remercier chaleureusement Christophe Borriglione pour avoir pris le temps de répondre à nos questions et pour avoir partagé avec nous son expérience unique en tant qu’arbitre aux Jeux Olympiques. Ses précieuses réflexions et anecdotes nous offrent un regard inspirant sur son parcours et sur l’univers du triathlon.
La Ligue Occitanie souhaite également féliciter la commission régionale d’arbitrage et l’ensemble de nos arbitres régionaux pour leur implication dans nos épreuves.




